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Il y a 76 ans, les martyrs de Fontjun et du Champ de Mars

par Philippe Barjaud


Dans le village, dix noms s’affichent sur les petites plaques bleues. Ils ne sont pas aussi célèbres que les Victor Hugo, Edith Piaf ou Jean Jaurès, dont on a appris les hauts faits par cœur à l’école primaire. Non, ils n’étaient ni homme politique, ni artiste… juste une femme et des hommes d’ici, qui ont décidé de rejoindre le maquis pour accomplir leur part de l’effort de libération.
Pour connaître le récit de ces événements, plutôt que de paraphraser ce qui a déjà été maintes fois relaté, le lecteur pourra se référer par exemple au blog de Jacques CROS de Cessenon, qui s’est entièrement voué à la passion de l’histoire de ce pays languedocien.
Juste pour résumer, un important groupe de jeunes gens de Capestang et des bourgs alentour avaient décidé de rejoindre le maquis « Latourette » dans la montagne du Somail, au-dessus de Riols. Ayant chargé plusieurs camions de vivres et d’armes, ils prirent le 6 juin 1944 la route des hauts cantons, mais furent arrêtés par une embuscade allemande au col de Fontjun. Au cours d’un violent combat, cinq d’entre eux furent tués, dix-huit faits prisonniers, et le reste put s’échapper. Après avoir été torturés, les dix-huit furent fusillés en public, le 7 juin, au Champ de Mars de Béziers.
Nous proposons ici plutôt trois témoignages, pour essayer de ressentir comment ont été vécues dans le village ces journées tragiques… D’abord, une parente de deux suppliciés…
« Ma mère travaillait comme bonne chez le Dr MAUREL, alors maire de Capestang. C'est elle qui a ouvert la porte aux Allemands venus interroger le maire après l'attaque. Le mari de sa sœur ainée depuis moins d'un an, Paul CABROL, se trouvait dans le camion qui a brûlé à Fontjun, Son corps était méconnaissable, et pendant plusieurs jours la famille n'a pas su s'il était mort ou vivant. C'est ma grand-mère maternelle qui est allée reconnaître le corps. Et son cousin germain, André COMBET, a été fusillé le 7 juin.
« Et ensuite, quand on évoquait Paul et André dans la famille, on disait toujours "Pauvre Paul" et "Pauvre André". J'ai toujours entendu parler d'eux ainsi. »
De son côté, le Commissaire principal des Renseignements Généraux de Béziers rédigea pour le Préfet un rapport dont voici un extrait (source : Archives départementales de l’Hérault) :
« Le 7 juin 1944 à 13h, les troupes d’occupation arrivèrent à Capestang et établirent des contrôles d’identité dans toutes les issues de la ville. Le couvre-feu fut proclamé à 20h30 et des patrouilles circulèrent pendant toute la nuit dans la localité.
« Le 8 juin à 17h, eut lieu l’enterrement d’un des individus tués au cours de l’engagement, nommé SOL Maurice. Cet enterrement revêtit un caractère civil et le cortège était précédé d’un tambour. Une grosse partie de la population assistait à ces obsèques et il semble que les autorités allemandes l’interprétèrent comme une manifestation dirigée contre eux.
« En effet, le vendredi 9 juin à 14h, de nouvelles forces allemandes arrivèrent à Capestang. Des chars furent disposés autour de la localité et des perquisitions eurent lieu dans presque toutes les maisons de la commune. La plupart des postes de radio furent saisis. Dans les appartements où des fusils (même de panoplie) furent découverts, les propriétaires furent arrêtés.
« […] en raison de l’aide apportée par la population de Capestang aux dissidents, tous les hommes de 18 à 45 ans devaient se rendre immédiatement sur la place de la mairie. […] Les patrouilles armées circulèrent alors aux alentours de la localité afin d’empêcher la population de gagner les vignobles. Au cours de ces opérations, un nommé MARTY a été tué.
« Le 9 juin à 19h, en deux convois, 189 ressortissants de Capestang partaient pour Béziers. Six d’entre eux devaient être libérés le lendemain et les 183 autres étaient dirigés en convois par chemin-de-fer à destination de l’Allemagne.
« Quelques jours après une bonne partie des militaires des troupes d’occupation quittait Capestang, où depuis le calme règne. En effet, le départ de la majorité des hommes valides a jeté une grande perturbation dans cette commune, et l’état d’esprit, s’il ne se manifeste pas, est loin d’être bon. »
Lors de sa séance du 26 juillet 1944, qui a suivi les événements, la délibération du Conseil municipal n’en porte aucune mention, il n’y est question que du budget des chemins vicinaux, du ravitaillement en pain, ou de l’assistance aux aliénés, vieillards, infirmes, incurables et femmes en couches… (la Sécurité Sociale n’existait pas encore !).
C’est après la Libération de l’Hérault un mois plus tard, que le 30 octobre 1944, le Comité Local de Libération, tenant lieu de Conseil municipal, prenait la décision suivante, figurant dans le registre des délibérations (source : Archives départementales de l’Hérault) :
« Monsieur le Président expose au Comité que pour rendre hommage aux fusillés martyrs de Fontjun, fusillés au Champ de Mars à Béziers le 7 juin 1944, il propose à l’assemblée de donner à l’une des places de la ville l’appellation de Place des Martyrs du 7 juin 1944 ;
« Le Comité :
« Ouï l’exposé de son Président et en reconnaissant le bien-fondé ;
« A l’unanimité : décrète que la Place Maréchal Pétain portera désormais le nom de Place des Martyrs du 7 juin 1944. »
Samedi 6 et dimanche 7 juin, ce sera le 76ème anniversaire de leur sacrifice. En passant par ces rues, jetez un regard aux petites plaques bleues, et écoutez-les. Elles nous parlent, encore aujourd’hui…

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