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Quand Soustres et les Canagues étaient à Capestang…

Par Philippe Barjaud

Aujourd’hui, lorsque vous circulez sur la RD 11, la Minervoise, entre Capestang et Montady, vous franchissez la limite des deux communes au sommet de la côte, au niveau du carrefour des routes de Poilhes et de Cibadiès. Mais il n’en a pas toujours été ainsi…

 

De fait, cette limite n’a été fixée qu’en 1955, car jusque-là, elle se situait bien plus loin à l’est, au pied du pech de Montady… Et les domaines de Soustres, le Bosc, la Canague Neuve et la Canague Vieille, faisaient tous partie de Capestang… incroyable ?

 

Remontons le sablier du temps, avant la Révolution. La carte locale de Cassini, publiée autour de 1777, nous apporte deux informations importantes.

 

La première est la présence d’une église rurale, Saint-Jean de Thessan, qui devait avoir appartenu à un hameau médiéval succédant à une villa gallo-romaine. Il n’y a aujourd’hui plus aucune trace de cette localité. La seconde est le tracé de la frontière des diocèses de Narbonne et de Béziers, qui passe clairement à l’est de cette église. Si Montady est rattaché au diocèse de Béziers, en revanche, Saint-Jean de Thessan, ainsi que les domaines de Soustres, du Bosc et des Canagues, ressortissent bien de celui de Narbonne, tout comme Capestang.

 

A la Révolution, lorsque les communes ont remplacé les paroisses, cette portion du territoire est donc naturellement maintenue dans celui de Capestang. Mais la question de la pertinence de cette situation se pose juste après la seconde Guerre mondiale, précisément au sein du Conseil municipal de Montady, qui délibère ainsi le 16 septembre 1946 :

 

« 1° Lors de l’établissement du dernier cadastre, au point de démarcation des deux versants à mi-chemin de la route de Montady à Capestang, existait un hameau appelé Saint-Jean de Tressan. Ce hameau et les domaines environnants restèrent rattachés à la paroisse de Montady. Depuis cette époque, si les naissances et les décès survenus ont été inscrits sur les registres de la commune de Capestang, par contre les mariages et les sépultures ont toujours eu lieu et continuent à être célébrés dans la commune de Montady (…) les inhumations dans le cimetière communal de Montady.

 

« 2° Les journaliers agricoles attachés à l’exploitation de ces domaines habitent la commune de Montady.

 

« 3° Les enfants des familles résidant à demeure sur ces domaines fréquentent tous les Écoles Communales de Montady (…).

 

« 4° Le service des Postes est assuré aux trois Canagues par le facteur de Montady.

 

« 5° Tous les artisans de Montady servent les domaines ci-dessus mentionnés.

 

« 6°Avec la période de sécheresse persistante, la commune de Montady fournit l’eau nécessaire à l’alimentation de ces domaines.

 

« 7° Alors que ces domaines ne sont séparés de Montady que par une faible distance, il paraît logique que le rattachement soit effectué. »

 

En conséquence, le Conseil demande à l’unanimité à l’Autorité supérieure de coordonner tous ses efforts pour obtenir de l’Administration du Cadastre l’adjonction à la commune de Montady des domaines désignés. Cette portion du territoire, en jaune sur le plan, représente quand même plus de 400 hectares !

Un an et demi plus tard, le 26 mars 1948, René Barthez, maire de Capestang, donne lecture au Conseil d’une lettre reçue de Monsieur le Sous-Préfet de Béziers, relative à la demande de rattachement à la commune de Montady des domaines… Après délibération, le Conseil s’y oppose formellement, aux motifs suivants :

 

« Considérant que ces domaines ont toujours fait partie intégrante du territoire de Capestang ; que le rattachement demandé amenuiserait la superficie communale et, de ce fait, diminuerait très sensiblement les ressources de la Commune ;

 

« Que la Commune de Montady dont le centime est moins élevé que celui de Capestang, a procédé à des installations modernes notamment le tout à l’égout avec installations hydrauliques, tandis que tout reste à faire dans la nôtre ;

 

« Considérant en outre que, conformément à l’esprit et aux principes nouveaux qui demandent le rattachement des petites communes aux chefs-lieux de cantons, il ne peut être donné suite favorable à cette requête. »

 

Apparemment, rien ne se passe pendant trois ans, puisque le 4 mai 1951, le Conseil municipal de Montady reprend une délibération approuvant les termes de celle de 1946, et fixant précisément les nouvelles limites souhaitées.

 

Une enquête publique se tient alors, qui semble recueillir un avis du Commissaire Enquêteur favorable au rattachement, puisque le 8 avril 1954, le Conseil de Capestang délibère à nouveau, pour réitérer son opposition, en avançant les arguments suivants :

 

 « Considérant que si quelques jeunes enfants, résidant sur les domaines, fréquentent les écoles de Montady, par contre, onze enfants domiciliés à Montady fréquentent actuellement le cours complémentaire de Capestang ;

 

« Que les domaines de la Canague et la Grande Canague appartiennent à MM. M…, propriétaires qui s’opposent au rattachement de leur domaine à la commune de Montady ;

 

« En conséquence, approuve les termes de la délibération en date du 26 mars 1948 ;

 

« À l’unanimité : s’oppose formellement au rattachement à la commune de Montady de la moindre parcelle du territoire de la commune de Capestang. »

 

Malgré cela, le 28 juillet 1955 est signé le décret de rattachement (ou l’arrêté préfectoral, selon les sources…). Le 3 septembre, le Conseil donne tout pouvoir à son Président pour introduire un recours en Conseil d’État, « considérant que le rattachement de 400 hectares ne peut être considéré que comme une atteinte au principe de l’égalité devant les charges publiques, principe que l’administration doit observer au même titre qu’une loi ».  Mais finalement, ce recours échoue.

 

 Et c’est ainsi que la commune de Capestang a perdu un fleuron de son patrimoine historique et archéologique, je veux parler de l’Oppidum d’Ensérune, qu’elle partageait à l’origine avec les communes de Nissan, Poilhes et Colombiers !

 

Sources :

 

Archives départementales de l’Hérault, dépositaire des archives communales de Capestang

Archives municipales de Montady

Fonds de cartes : IGN (Cassini, topographique 1/25000)

 

 

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