Capestang, 13 mai 1779 : Avis à la population ! Fermeture des portes à 9 heures du soir !

Par Christine Espallargas & Philippe Barjaud

En l’an de grâce 1779, sous le règne de Louis XVI, jeune monarque de 25 ans, le Royaume de France connait une grave crise, tant politique qu’économique. Le jeune roi mène mal les réformes nécessaires et  inéluctablement, cela conduira,  dix ans plus tard, à la Révolution.

 

Le 18ème siècle, pourtant siècle des Lumières, est un temps de très grande misère pour Capestang ! Ce n’est plus la petite ville riche, prospère et animée du Moyen-Age. Capestang est devenu un bourg en grand déclin, dans un état catastrophique, qui ne compte guère plus de 1000 habitants, soit quatre fois moins qu’au 14ème siècle.

 

Eprouvée par une succession d’intempéries, par de mauvaises récoltes et par les épidémies de malaria, la majeure partie de la population est misérable, et meurt avant d’avoir atteint l’âge de 35 ans. De nombreuses maisons et terres sont à l’abandon. Le Canal royal n’apporte pas la prospérité escomptée, bien au contraire, il est à l’origine d’inondations, et contribue par des « transpirations » et des infiltrations à l’insalubrité du village et au pourrissement des récoltes. Quant au jadis fier Château des Archevêques, maintenant reconverti en bâtiment agricole et en grenier, il n’est plus entretenu, tout comme la Collégiale, dont le toit est percé et dont la voûte de la nef menace de s’écrouler.

 

Tout au long de ce siècle maudit, les assemblées consulaires qui administrent le bourg vont s’efforcer tant bien que mal d’entretenir les bâtiments publics. L’hôpital Saint-Jacques, édifice primordial pour les indigents, est reconstruit à neuf en 1744, sous le règne de Louis XV. Des états des lieux sont régulièrement effectués et des travaux sont réalisés, à moindre frais, dans le château et dans la collégiale, sur le pont de Saïsses, et notamment sur les remparts et les tours médiévales.

 

Car justement, si ces derniers sont encore debout, ils sont très endommagés, «abandonnés, meurtris, pourvus de brèches par où se glissent nuitamment maraudeurs et malandrins ». Les portes manquent aussi d’entretien et ne remplissent plus leur rôle de contrôle des entrées et sorties. Leur remise en état est impérative, comme on le verra plus loin. A l’occasion de la construction d’une nouvelle porte dans les remparts, en remplacement de celle de Narbonne, endommagée par les inondations, le procureur du Roi a demandé aux consuls de Capestang de réglementer la fermeture des portes, notamment celles de Carcassonne (au sud-ouest) et de Saïsses (au nord).

 

C’est dans ce contexte que, le 13 mai 1779, une ordonnance de police est prise par l’assemblée consulaire. Dorénavant, dès neuf heures du soir, il ne sera plus possible ni d’entrer ni de sortir du bourg ! Le bétail doit impérativement être ramené au sein du village dans les écuries et étables, afin de ne pas endommager les récoltes, sous peine de lourdes sanctions !

 

C’était donc cela, la raison d’être du bon état des murailles et de la règlementation de la fermeture des portes…

 

Les Capestanais ont-ils respecté cette ordonnance ? Nul ne le sait…

 

 

Ci-dessous transcription littérale de l’ordonnance de police :

 Ordonnance de Police

 Nous Maire et consuls de la ville de Capestan, lieutenants généraux de police de la dite ville, vu la requette  à nous ce jour d’huy présentée par le  procureur du Roy de police, eu avis du bureau et iceluy en suivant disant droit sur la requette et conclusions du dit procureur du Roy de police, avons ordonné et ordonnons ce qui suit.

 

Article 1er

Que seulement jusqu’à ce que la nouvelle porte de ville qui va être construite à côté de celle appelée la portete, connue sous le nom de porte narbonnaise, soit en état de fermeture, il n’y aura que  la porte dite de carcassonne qui pourra être ouverte après neuf heures du soir, à celuy ou ceux des habitants qui se seroient retardés jusqu’après la susdite heure à la campagne ou qui viendront pour sortir de cette ville pour autre chose que pour mener dépaitre leur bétail à la campagne.

 

Article second

 Qu’il est deffendu à tout habitant sous quelque raison ou prétexte que ce puisse être de mener dépaitre leur bétail à la campagne.

 

Article troisième

Que le portier de la porte de Saisses ne pourra ouvrir pendant la nuit pour entrer et sortir, à aucun des habitants du dit Capestan, mais seulement aux patrons du canal qui y viendront frapper pour demander du bétail pour tirer leurs barques ou pour se munir de vivres, ou fourrage dont ils pourroient avoir besoin, même aux habitants des communautés voisines qui pourroient avoir besoin d’entrer dans cette ville.

 

Article quatrième

chaque contrevenant à notre présente ordonnance sera condamné à une amande de cinq livres pour la première fois, même les pauvres malades de l’hopital St Jacques du présent lieu, et en une plus forte pour les autres contravantions, même à d’autres peines et d’enquis selon l’exigeance du cas, tant pour raison de désobeissance à notre présente ordonnance, que pour tenir lieu des dommages qu’ils seront censés avoir causé aux récoltes des autres habitants.

 

Article cinquième

Les particuliers dont le bétail ne sera pas après neuf heures du soir dans les écuries seront censés l’avoir laissé ou mené auparavant à la campagne pour y dépaitre toute la nuit et seront alors condamnés à l’amande conformément à l’article quatrième de notre présente ordonnance amoins que les particuliers ne justifient que leur bétail a été occupé ailleurs.

 

Article sixième

Enjoignons aux portiers de la porte dite de carcassonne, à celuy de celle dite de Saisses, et à celuy de la porte dite narbonnaise quand elle sera en état de fermeture sous peine de destitution de nous dénoncer les habitants qui auroient introduit du fourrage de quelle qualité qu’il soit dans cette ville pendant la nuit, ou auroient sorti pendant la nuit leur bétail pour dépaitre à la campagne.

 

Et sera notre présente ordonnance, lue, publiée et affichée dans les lieux accoutumés de cette ville pendant trois dimanches consécutifs, et exécutée nonobstant opposition.

 

Donné à Capestan le treize may mille sept cent soixante dix et neuf.

Givernis maire, Cabvalié lieutenant de maire, Bonnefon Consul, Julien consul, Henri, grefier de police 

 

 

Sources

Archives communales de Capestang

Emile Viales, Histoire de Capestang, 1960

Capestang, Histoire et inventaire d'un village héraultais, 2011

 

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