"La présence des absents dans la mémoire des vivants », petite histoire des cimetières de Capestang

par Christine Espallargas-Moretti

Nous sommes entrés dans cette période particulière de l’année, la Toussaint et la fête des défunts où notre cimetière se couvre de chrysanthèmes aux couleurs vives. Nous serons alors nombreux à déambuler dans les allées pour nous souvenir de nos parents proches ou lointains cousins, amis et voisins disparus…

Situé à proximité du Canal du Midi, au carrefour des routes de Puisserguier et Quarante, le cimetière actuel a été construit vers 1830 puis agrandi dans la seconde moitié du 19ème et agrémenté d’une maison de concierge en 1891.
C’est vraisemblablement la situation sanitaire du village, où les fièvres endémiques engendraient une grande mortalité, qui a conduit la municipalité « à s’imposer extraordinairement une somme considérable pour la construction d’un nouveau cimetière » et à devancer la législation, puisque ce n’est qu’en 1843, qu’une ordonnance royale de Louis-Philippe, roi des français, imposera de bâtir les cimetières à l’extérieur des centres bourgs.
En effet en 1776, une ordonnance de Louis XVI avait prohibé les inhumations dans les églises et dans les cimetières situés à l’intérieur des villes. En 1804, un décret de Napoléon 1er renforçait l’organisation des nécropoles mais seules les agglomérations urbaines restaient concernées par l’éloignement des cimetières extra-muros.
Quatre autres cimetières ont existé à Capestang et leur état, décrit dans plusieurs délibérations consulaires était déplorable.
Deux se trouvaient au centre du village : le petit cimetière à proximité de la Collégiale et le cimetière de l’hôpital St Jacques ; deux étaient à l’extérieur des remparts : le cimetière de la Porte St-Martin et le cimetière de la Madeleine, proche de la Porte de Carcassonne.
Sans qu’on puisse dater précisément leur origine, ils ont été utilisés, parfois simultanément pendant plusieurs siècles, entre le Moyen-Age et la fin du 18ème siècle. Mais seul le cimetière de l’Hôpital St Jacques restera en fonction jusqu’à la construction du cimetière actuel vers 1830.
Jouxtant la Collégiale, le petit cimetière, entouré de murs, occupait une partie de l’emplacement où s’érige aujourd’hui la Croix de la mission. Pour pénétrer dans l’église, il fallait le traverser.
En 1785, le 9 janvier, une délibération consulaire le décrit ainsi : « un cimetière qui est dans le centre de la ville, affreux et abandonné depuis quelques temps, qui avance considérablement dans la rue et devant l’église paroissiale, qui pendant les chaleurs de l’été infeste d’autant plus l’air, qu’on est obligé de fermer les portes et les fenêtres des maisons qui l’avoisinent. Les murs de clôture en sont tous crevassés et devant se trouve une grande brèche, que les chutes des eaux pluviales détermine entre les rues, toujours en cette partie relativement en pente, ce qui est cause que les terres s’éboulent, les cadavres sont à découvert et les ossements épars dans les rues". Les consuls (équivalent des conseillers municipaux) décident alors de faire enlever ce cimetière par le sieur Villacroze « homme habile pour trouver le moyen de changer à peu de frais ce lieu infesté, en une place agréable. ». Un mois plus tard, le 13 février 1785, les consuls demandent à « Monsieur l’Archevêque la permission de faire combler le creux qui se trouve au-dessous de la voute, et qui supporte le cimetière et d’en enlever les terres et ossements qui s’y trouvent pour être transportés au cimetière de l’hôpital. »
Un second cimetière est localisé près de la porte de Carcassonne, à l’extérieur des remparts. Il est connu sous le nom de Cimetière de la Madeleine, vraisemblablement sur l’emplacement d’une ancienne église ou chapelle médiévale, connue sous le nom de Sainte Marie-Madeleine. Proche de notre actuelle cave coopérative et des anciens jardins familiaux de Pratmal, on y enterrait les pestiférés depuis le Moyen-Age jusqu’à l’épidémie de peste de 1720. A la fin du 18ème siècle, ce n’est plus qu’un bien « vacant », utilisé par les particuliers pour y faire des fumiers et y enterrer des charognes.
En 1756, le 10 octobre, une délibération consulaire fait état d’une demande du Chapitre de Capestang à l’Archevêque : les chanoines souhaitent récupérer ce « vacant » pour dépiquer les gerbes de blé. En contrepartie ils s’engagent à dire tous les mois une messe de Requiem pour les Âmes du Purgatoire.
En 1791 la Commune souhaite réaffecter le terrain à l’inhumation des défunts, en remplacement de cimetière de l’Hôpital, trop petit. Elle le loue pour un an au Chapitre mais sans moyen financier pour le clôturer, le terrain est finalement vendu à un particulier à une date inconnue.
Le troisième cimetière dit de la Porte St Martin, se trouvait hors les remparts mais à proximité immédiate du village. On peut le situer aujourd’hui à l’emplacement de la maison DOUMEN, face au lycée des Buissonnets. Peu de sources historiques existent à son sujet mais il est mentionné dans plusieurs délibérations : en 1783 les consuls le proposent au Chapitre en échange de l’ancien cimetière de la Madeleine, mais ce projet n’aboutit pas, vraisemblablement pour des raisons financières. Comme celui de la Madeleine, le terrain sera vendu à un particulier en 1791 et les ossements transférés au cimetière de l’Hôpital.
Le quatrième cimetière, à côté de l’Hôpital St Jacques était accolé au rempart, coté est. Nous le situons sur l’actuel parking à côté de la poste. Il existait depuis la construction de l’Hôpital au 14ème siècle … Plus grand que celui de la Collégiale, ses dimensions sont toutefois modestes pour un village dont le taux de mortalité est très élevé. En 1830, dans une supplique adressée au roi, décrivant l’insalubrité et la misère du village, le lieu est ainsi dépeint : « un cimetière renfermé dans les murs du village n’est plus suffisant pour recevoir les habitants dans ce lieu de repos et toutes les fois où une fosse se creuse elle découvre au regard les ossements non encore consommés de quelqu’un de nos parents ou amis »
Après sa désaffection au début du 19ème siècle, il a alors servi de potager pour l’hôpital, pendant plusieurs décennies.
Notons que la Collégiale a été aussi un lieu d’inhumation et abrite encore les tombes de gens d’église et de bourgeois capestanais.
A la lecture de nombreuses délibérations consulaires (avant la révolution de 1789) puis municipales, force est de constater que donner une sépulture digne aux défunts est un souci constant des administrateurs du village. De nombreuses requêtes ou suppliques sont faites tout au long du 18ème siècle et au début du 19ème, aux rois ou aux préfets, alertant sur l’état sanitaire de la population, la mortalité élevée et les conditions déplorables d’inhumation. Mais il semble bien que Capestang, bien qu'étant une commune pauvre, ait su trouver, seule, les moyens nécessaires, pour donner à ses nombreux défunts un lieu d’inhumation digne.
Sources : E. Viales, Histoire de Capestang, 1960 & Archives départementales de l’Hérault, Délibérations consulaires et municipales des 18ème et 19ème siècles.

 

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