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Hommage à Madame Dolly Delpapa (1925-1997)

par Jacques Chamayou


Elle était de descendance italienne. Comme les belles Sophia ou Claudia. Sa beauté, comme sa bonté explosaient dans ses yeux. Dolly Delpapa a longtemps été assistante sociale sur le secteur de Capestang où elle était estimée de toutes et de tous pour ses compétences et son dévouement. La vie ne l’avait pourtant pas épargnée. Elle avait perdu accidentellement son amour de toujours et avait débarqué dans le village avec son garçonnet. Elle s’était installée à la maison « verte » des douches à l’angle des rues Carnot et Arago…
Je devais avoir sept ou huit ans. Avec d’autres « voyous » de mon âge, nous avions engagé devant chez elle une bataille rangée. De celles qui font beaucoup de bruit mais heureusement bien moins de dégâts que les affrontements de maintenant. Elle nous a ouvert sa porte, à tous, pour un goûter improvisé sur fond de pacification. La douceur de sa voix … et les clémentines nous ont calmés. Ce jour-là Jean-Marie son fils, est devenu notre ami, même si parfois quelques uns, plus tard, croyaient bon de le chahuter pour son vélo ou un autre prétexte puéril. Il est devenu notre ami dans la rue et « au rugby ». Il faut dire que son gabarit nous était d’un précieux concours. Sa mère n’a pas tardé à venir le soutenir… NOUS soutenir. Avec passion et assiduité.
Dans les villages on disait que la vie tournait autour du maire, du médecin, de l’instit et du curé. A Capestang il fallait y ajouter Madame Delpapa.
Je me souviens d’un dimanche, autour de la main courante du stade municipal. L’un de nous venait de se blesser sérieusement. Allongé en bord de touche, il était à la limite de perdre connaissance. « Vite, vite… Madame Delpapa, venez ! ».
Elle n’était pas infirmière mais dans l’esprit des gens, certainement. Oui, sa présence sécurisait. Madame Delpapa apaisait… soignait. C’était sa vocation. Lorsque il me venait d’expliquer, il fut un temps, la notion d’empathie, un visage, une voix, un regard glissaient lentement devant moi… Dolly venait de me sourire.
Photos : Jean-Marie Delpapa (son fils)

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