Le 10 août 1908, soirée de gala à Capestang

par Paul Albert

 

Il s’agit d’un programme de spectacle officiellement offert par la société littéraire et artistique de Capestang à son président d’honneur, Fernand Castelbon de Beauxhostes. En fait, un tel libellé prête à sourire, car c’est plutôt le contraire.

 

Si un tel aréopage d’artistes prestigieux à pu être réuni à Capestang, c’est bien grâce à lui ! On remarquera en tête, l’évocation du fameux orchestre de la Lyre Biterroise dont il est responsable.

 

Depuis 1898, Castelbon, riche propriétaire à Boujan, est le promoteur des grands spectacles lyriques des arènes de Béziers.

 

Si, en raison de l’actualité, les festivités de 1907 ont été annulées, en  1908, trois représentations sont prévues du 30 août au 1er septembre, d’un drame lyrique «Le premier glaive ». Comme d’habitude, c’est une création. Le poème de Lucien Népoty sera dit par des artistes de la Comédie Française ou de l’Odéon. D’autres parties seront chantées sur une musique d’Henri Rabaud. Le spectacle sera grandiose avec 400 musiciens dirigés par le compositeur alors que les 250 choristes seront placés sous la direction de Jean Nussy-Verdié. Les décors, sur 4000 m2, seront grandioses.

En ce mois d’août, tout ce monde est en pleine répétition. Une petite délégation a pu se rendre à Capestang. On notera que parmi les acteurs et chanteurs présents ce 10 août, seul Henri Perrin occupera un premier rôle.

 

Il faut dire que pour rassembler les énormes effectifs de l’orchestre et de la chorale,  Castelbon fait appel aussi à des artistes amateurs recrutés dans tout le Biterrois. Il offre donc cette soirée en guise de remerciement. Mais pas seulement ! S’il s’est lancé dans cette aventure, c’est aussi qu’il désire vulgariser les spectacles lyriques, les mettre à la portée du plus grand nombre. Il s’agit donc aussi à Capestang, de faire la promotion du spectacle à venir qui se doit de drainer des milliers de personnes. D’ailleurs, aucun prix ne figure sur le programme, la représentation est sûrement gratuite. La même opération a été rééditée en 1909 avec une délégation renforcée d’artistes parisiens. Sept acteurs de l’Odéon ont accompagné Henri Perrin pour jouer une pièce dont il est l’auteur.

 

Pour cela, la société littéraire et artistique de Capestang est un bon relais. Elle s’inscrit visiblement dans la même démarche. Elle s’est dotée d’une bibliothèque. Ses adhérents montent et participent régulièrement à des spectacles mêlant parties musicales et théâtrales.  Ils se contentent le plus souvent de jouer des saynètes ou des extraits de comédies faciles empruntés à des auteurs en vogue (Courteline, Théodore Botrel, De Flers et Caillavet). Ils semblent cependant plus ambitieux en matière musicale lors des intermèdes ou même des concerts. On y trouve plusieurs pianistes, un violoniste lauréat du conservatoire de Montpellier. Le siège de la société est-il déjà au 1er étage du café de la grille ? On peut le penser.

 

Jouer du piano ou du violon, déclamer des vers, cela exige un certain niveau d’instruction et de revenu. Les sociétaires se recrutent donc surtout chez les « propriétaires ». Raoul Tarbouriech que son goût du théâtre a dû rapprocher de Marcelin Albert lui-même acteur amateur, a été invité à haranguer la foule à Lézignan, une semaine après la manifestation capestanaise du 21 avril 1907. Henri Rouanet est le propriétaire du château. Les propriétaires des grands domaines ne sont pas présents, ils vivent en ville. La société regroupe des membres de la classe moyenne dont la prospérité viticole a facilité l’émergence. A côté de plusieurs propriétaires, on peut relever le nom d’un courtier, d’un tartrier, mais aussi d’un instituteur et d’un marchand de journaux.

 

Dans quels lieux réalisent-ils leurs prestations ? Les documents en notre possession ne le précisent pas. Sûrement en plein air pendant l’été. A l’occasion d’une représentation hivernale, un programme évoque une Salle des fêtes.

Quelqu’un peut-il la localiser ?

 

Malgré leur volonté affirmée de vulgarisation, quel échos nos artistes amateurs rencontrent-ils auprès de la population du village ?

Nous savons qu’à Béziers, les représentations aux arènes, les concerts donnés sur la place de la citadelle, rassemblent des milliers de personnes et que leur réputation est nationale. Des trains spéciaux ne convergent-ils pas vers « la capitale du vin » ?

 

Qu’en est-il à Capestang avec ces spectacles amateurs ?

 

Dans le même temps, place de la Révolution dans une remise à l’emplacement de l’actuel Cali, les ouvriers en blouse viennent se divertir à la Chiringla.  Un bal s’y tient animé par un violoneux de Puisserguier. Un autre monde malgré tout en pleine évolution. Le dernier quart du XIXème a vu l’apparition de fanfares et même d’un orphéon. A la veille de la Grande Guerre, la municipalité va donner naissance à une harmonie et à une école de musique.

 

Il suffit de parcourir le vieux village du côté de ses extensions du XIXème, en lisière de ses anciens remparts, vers l’avenue et la rue de la République, le quartier de Porte Roi, puis de se diriger vers son cœur, au bâti beaucoup plus dense, surtout dans sa partie orientale, pour percevoir un lointain reflet d’une époque déjà lointaine, mais qui continue de structurer notre présent.   

 

 

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