Le beau XIXe siècle capestanais

par Paul Albert

 


 

C’est bien connu. Le XIXème siècle a été en Biterrois une période faste. On a pu parler d’un véritable « El Dorado du vin » et le riche patrimoine immobilier qu’il nous a légué en porte témoignage : maisons vigneronnes, belles demeures bourgeoises jusque dans le plus petit village, châteaux pinardiers, caves aux proportions gigantesques…etc.

 

La ville de Béziers avec une puissante industrie viti-vinicole, son marché du vin, a pu s’autoproclamer capitale du vin. Mais dans l’arrondissement Béziers-St Pons, la prospérité n’a été ni égale, ni générale.

 

Une étude démographique peut nous aider à en prendre la mesure.  Consultons la carte de l’évolution communale de la population de 1836 à 1906.

 

1836 : nous sommes 20 ans avant que l’arrivée du chemin de fer à Béziers ne permette le développement d’un vignoble de masse délibérément tourné vers le vin et non plus le trois six.

 

1906 : Pour des raisons diverses, les marchés sont saturés, la mévente s’installe et la colère gronde qui va déboucher sur la grande révolte de 1907.

 

L’effondrement démographique des hauts cantons est le reflet de la crise de leur agriculture vivrière, de leurs industries traditionnelles et de l’attirance exercée par le vignoble sur les gavachs.

 

La croissance de la population de la ville de Béziers est spectaculaire. En 70 ans, elle passe de 16 000 à 52 000 habitants.

 

 La population des villages de la plaine où les hauts rendements sont possibles, connait une vigoureuse expansion. Dans la France de l’époque c’est désormais exceptionnel. En effet, le monde rural a amorcé son déclin en perdant près de 4 millions d’habitants entre 1850 et 1900.

 

Toutefois, le phénomène est à nuancer. Tandis qu’à l’Est, la population stagne ou augmente très faiblement (+2,6 % dans le canton de Montagnac, -1,5 % dans celui de Pézenas…) la croissance est très sensible à l’Ouest. Dans le canton de Capestang, elle est spectaculaire. La population double en passant de 7859 à 15526 habitants. Elle quadruple pratiquement à Poilhes et Montels !

 

En 1836, Capestang n’arrivait qu’au 21e rang des communes de l’arrondissement. En 1906, avec 4 012 habitants, notre village n’est plus dépassé que par Béziers, Agde (8 435 hab.),  Pézenas (6 928 hab.), Bédarieux (6 131 hab.) et Marseillan (4 732 hab.).

 

Le secteur, avec ses terres fertiles, ses nombreux grands domaines, a particulièrement profité de la prospérité viticole. Mais il y a une autre explication que nous suggère la comparaison de quelques courbes démographiques. Dans les années 1870, le phylloxéra a brisé la croissance à l’Est, mais pas à l’Ouest où la maladie est arrivée plus tard alors qu’entre-temps la solution était sur le point d’être trouvée et des capitaux avaient été accumulés. Les communes autour de l’étang ont été les grandes gagnantes de la descente des vignes vers la plaine et du triomphe de l’aramon. En cette deuxième moitié du XIXe, tout leur a réussi. C’est Coursan, le voisin audois, qui en a le plus profité. On y a pu échapper à la maladie en noyant les vignes en hiver.

 

Par la suite, les crises de mévente, la mécanisation ont provoqué une baisse sensible de la population des communes de notre ancien canton. Plus d’un siècle après, beaucoup n’ont pas retrouvé l’effectif de l’apogée du vignoble de masse. C’est le cas de Capestang, même s’il faut nuancer le propos.  En 1906, 580 des 4 012 habitants, résidaient dans des grands domaines par ailleurs plus nombreux qu’aujourd’hui, puisque depuis, le territoire de Soustres, du Bosc, des Canagues, a été cédé à la commune de Montady. La population du village lui-même, n’est sûrement plus très loin de celle de 1906.

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