Péacha sous l’aqueduc du Roubiolas !

par Jacques Chamayou

Cet endroit a toujours passionné Péacha.  Enfant, il y était entraîné par son grand frère et ses copains qui après une série de plongeons dans le canal se faisaient sécher au soleil sur le calcaire du parapet, rive droite. Près de huit mètres à l’aplomb du ruisseau qui glisse sous le canal.

 

Plus tard, bien plus tard, il a appris que Vauban avait réglé le problème hérité de Riquet, au sujet des rus se déversant paresseusement dans le canal. En effet, Polo, pourtant du coin, avait oublié que les petits ruisseaux faisaient des torrents en colère lorsque de fortes pluies venaient à tomber… Et le canal royal se remplissait par endroits de roches, végétaux et autres alluvions. Navigation interrompue durant de longues semaines. Il fallait vider le bief et tout sortir à la pelle. Riquet s’était contenté de suivre la côte 32 d’Argens à Fontserane pour y établir le plus long bief de son œuvre. Plus de cinquante kilomètres !

 

Donc Vauban, (enfin pas lui tout seul, il n’était pas assez vaillant paraît-il) …  Vauban disais-je, a coupé net certains méandres et y a construit (enfin, y a fait construire… toujours cette fâcheuse tendance à faire bosser les autres), y a intégré donc un aqueduc, en aval du beau milieu de chacun de ces dits méandres.

 

A Capestang, deux de ces voies non navigables et « sous-canalesques » sont bien visibles. Et on peut deviner le tracé de chaque ancienne courbe en examinant les vues aériennes de chaque secteur :  à l’arrière de la maison cantonnière pour le ruisseau de Saïsses (la seine). Et bien plus à l’ouest (après le domaine de l’âle) pour le Roubiolas...

 

Bien, restons sur ce dernier aqueduc.

 

Alors qu’il était en activité professionnelle, Péacha se plaisait avec ses collègues à y accompagner leurs élèves. Totale pluridisciplinarité : EPS, Environnement, Histoire, Géographie, Physique, mathématiques … Cet endroit offre des tas de supports pédagogiques.

 

… Donc, ce matin Péacha enfourche son vélo et regarde d’un œil craintif le Puech Roudou ; un bien mauvais souvenir pour lui : la saignée de Rota Buou le hante encore. Il prend donc plein ouest direction Quarante. Ensuite il emprunte un chemin goudronné au départ d’un carrefour en Y et s’oriente vers le Bec Blanc. C’est tout plat … ou presque.

 

Au bout de dix minutes (il a bien déjeuné) le voilà sur la rive gauche du canal, au lieu-dit
«Roubiolas». Il abandonne son vélo sans aucun souci… Quelques pas de course en descente le long d’une vigne et le voilà qui s’engouffre sous le canal par une superbe arche maçonnée (Vauban avait d’excellents compagnons «de devoir»).

 

A la vue du fond du tube minéral, il est happé par une clarté presque insoutenable. Le bout du tunnel. Une coulée d’eau brunâtre s’étire paresseusement sur la pierre formant tout du long, une courbe régulièrement concave.

 

Combien de fois Péacha a-t-il traversé le canal sans se mouiller à cet endroit précis dépourvu de pont ? Il ne sait plus. Ce qu’il sait en revanche c’est qu’il faut progresser comme un dahu. Et surtout, il sait que le canal transpire bien au milieu de la traversée. Comme dans une grotte, l’eau goute et humidifie la pierre sur quelques mètres. Qui va savoir ce qui s’est produit soudain ? Une demi-seconde d’inattention ? Les semelles de ses chaussures usées ? L’éblouissement ?...

 

Voilà Péacha qui se prend pour une crêpe. Vlan ! Puto las ancos ! Alors qu’il vient à peine d’être confronté au coup du réel, lo ciul din l’aiga (« les fesses dans l’eau »… pour nos amis nordiques), il aperçoit une frêle silhouette à contre-jour.

 

Une voix caverneuse bien de circonstance lui parvient. Il reconnaît celle de Jean Cocteau qui, un brin taquin lui lance :

 

Péacha, « Vivre est une chute horizontale ! »

Macarèl ! Il se lève d’un bond, manque de glisser à nouveau, se rattrape à rien mais trouve dans cette provocation malvenue la force de crier : « Et un plongeon vertical dans l’eau au-dessus de moi, ça te dirait, mon Jeannot ?... Pour t’apprendre à vivre ? »

 


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