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Eté 1944, entre enthousiasme, douleur & espérance

6ème partie : Précieux parachutage

par Jacques Chamayou


 

Voilà par conséquent le maquis dirigé par le capitaine Girvès, installé au château de Syères, que l’on écrit également Sierres. Nous sommes le 25 juillet 1944. C’est de cet endroit idéalement placé que « Latourette » va organiser toutes ses missions à venir. Outre les sabotages sur les lignes téléphoniques, les réceptions de parachutages. Les toutes premières ont eu lieu alors que « Latourette » était encore à l’Estalabar. Un apport loin d’être négligeable a eu lieu : le capitaine de frégate De Kervarec et son radio ont été parachutés sur un nouveau terrain maintenant bien sécurisé. Ce terrain se situe  sur le secteur du col du cabaretou. Il a pour nom de code « Caracole ». Fraïsse est tout proche…

 

D’autres maquis ont connu des conditions de récupération de parachutages beaucoup plus difficiles, notamment dans les Cévennes. Le maquis Bir Hakeim en l’occurrence. Nous allons avoir l’occasion d’évoquer ce groupe.

 

Mais pour quelques lignes encore, restons en contact … en quelque sorte, avec « Latourette ».

 

Au début du mois d’août Girvès compte sous ses ordres 150 combattants. Soixante gendarmes de la compagnie de Béziers, sous les ordres du commandant Monnier, sont venus s’ajouter à tous les hommes qui depuis La Fraise ont suivi le puisserguiérain.  Entre les réceptions de parachutage et les « coups de poing » un peu partout entre Saint-Ponais et Minervois, les actions se multiplient. Comme l’intervention par exemple à Cabezac près de Bize pour détourner au nez et à la barbe des allemands, un camion d’essence. Mais le secteur d’intervention va se fixer davantage autour de Saint-Pons. Les grands axes routiers sont surveillés et bombardés par l’aviation alliée. L’état-major allemand se trouve devant un dilemme. Aller renforcer les régiments qui sont malmenés dans le nord du pays après les difficultés rencontrées face aux milliers d’hommes qui n’ont cessé de débarquer … et la présence autour de la méditerranée, nécessaire pour empêcher un second débarquement. Sète et les plages de l’Hérault sont renforcées. En conséquence les régiments cantonnés dans le sud-ouest affluent vers ce département. Soit pour s’installer sur le littoral, soit pour remonter vers le nord par la vallée du Rhône. Il n’y a guère, dans l’idée des allemands, que les routes secondaires pour de déplacer en relative sécurité. Et les départementales du Tarn, du Nord de l’Aude et de l’Hérault commencent à drainer des centaines et des centaines de véhicules.

 

Face à cette situation, le commandement allié estime indispensable une coordination des résistants sur le terrain. En particulier dans la zone héraultaise qui représente le nœud de communication entre le sud-ouest et le sud-est. C’est-à-dire, le secteur géographique entre le Gard et l’Hérault. Un groupe de spécialistes britanniques doit être parachuté pour cette organisation qui doit être déterminante afin d’empêcher la Wehrmacht ainsi que les troupes SS d’intervenir. C’est Caracole qui est choisi comme lieu d’accueil. Le chef de l’expédition se nomme Andrew Croft. Né en 1906, c’est un scientifique, spécialiste des expéditions dans l’arctique. A ce titre, il a accompli dès 1940 des missions secrètes par mer ou par air, au Danemark, en Suède, en Norvège mais aussi bien plus au sud, en Tunisie, en Corse et en Italie. En ce jeudi 17 août 44, à deux heures du matin, Girvès sait qu’il attend sur son terrain, « une grosse pointure ». Deux avions de la Royal Air Force ont décollé à vingt-trois heures depuis Blida en Algérie. Le comité d’accueil a balisé Caracole de lumières clignotantes. Ils sont neuf à se préparer à sauter depuis les avions. Kroft s’élance en premier. Son adjoint, Peter Fowler en dernier. Une fois au sol, ce sont les paquets et les lourds containers qui s’écrasent à proximité. Les neufs britanniques sont occupés à se libérer de leur harnais. Au même moment, chacun d’eux est assailli par un homme qui leur pose un pistolet sur la tempe. Girvès et « Sultan » le responsable de la région 3, présent également sur le site, ne veulent prendre aucun risque. Il leur faut s’assurer que les « colis » sont les bons. « Latouret » comme l’écrira plus tard Kroft entraîne les neufs britanniques et ses proches collaborateurs à Sierres. Il y a fait préparer un mouton rôti, arrosé d’un bon minervois. L’accueil est chaleureux, l’échange très convivial. Le lendemain les armes sont réparties. Un certain nombre complètera l’arsenal de « Latourette ». Le gros du parachutage est destiné au triangle Bédarieux, Clermont- l’Hérault, Roujan. Le samedi 19 août, l’ordre de mission est donné par « Sultan » : Direction Mourèze. Flower ouvrira la piste à moto avec un homme de Girvès qui connaît parfaitement l’itinéraire. Trois camions, deux voitures particulières et cinq motos prêtés par Girvès, composent le convoi. Dans ce site géologique ô combien caractéristique, Croft rencontre Rouan alias « Montaigne », le chef du maquis Bir Hakeïm. Une fois les camions déchargés, les véhicules repartent en direction de Fraïsse. L’opération a duré toute la journée. Il a fallu suivre des routes parfois difficiles d’emprunt. Mais le maquis « Latourette », une fois de plus a pris ses responsabilités.

 

 

A suivre ….

 


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